Le costume des pêcheurs niçois sur la lagune

0

Le bonnet rouge et la taïole

Pour la sixième fois depuis 2008, la section aviron du Club Nautique de Nice a relevé le défi de la Vogalonga.

Voir réalisé aussi le film réalisé par Biquet Productions

Vingt rameurs en tenue traditionnelle des pêcheurs niçois – bonnet rouge, chemise à lacet rouge et taiole – adapté toutefois à la pratique de l’aviron, ont parcouru la trentaine de kilomètres de cette quarante- deuxième édition d’un manifestation créée le 11 novembre 1974, jour de la Saint Martin, pour attirer l’attention des autorités municipales sur l’urgence de lutter contre les dégradation causées aux fondations des immeubles par les remous. Remous provoqués par les bateaux de croisière, ces villes flottantes plus hautes que les toits de Venise, qui longent les quais Sud de la Sérenissime avant d’accoster au terminal de Santa Croce via le canal de la Giudecca.

Pour les rameurs qui participaient pour la première fois à l’aventure, comme pour ceux dont c’était la cinquième édition – déjà ! – la magie de cette célèbre randonnée a pleinement fonctionné avec ses 7 280 participants de tous pays – on a vu des Australiens, des Qatari et même des Japonais – navigant sur 1 800 embarcations de tous types, pourvu qu’elles ne soient pas motorisées. Imaginez cette marée humaine chamarrée envahissant le Grand canal depuis la Pointe de la Douane totalement silencieuse quelques instants avant qu’à 9 heures retentisse le coup de canon tiré de l’île de San Giorgio Maggiore marquant le départ de la randonnée, ponctué d’une immense clameur, doublée de l’hymne italienne interprétée par un mini orchestre présent sur une embarcation et d’une levée de rames et de pagaies transformant le Grand canal en forêt. Les premières embarcations s’élançant sous la volée des cloches de la Sérénissime à commencer par celle de San Marco : frisson garanti.

Au delà de Sant’Elena et de l’île de la Certosa, le long des îles de le Vignole, de Sant’Erasmo et de San Francesco del deserto jusqu’à Murano en passant par Burano avant de rentrer dans Venise par le Cannaregio puis le Grand canal jusqu’à la Douane de mer, la course mythique s’étire et couvre la lagune avec ses bateaux de voga alla veneta, d’aviron à l’anglaise ou à banc fixe, ou encore de canoës, de kayaks et autres dragonboats avec leurs chants divers, leurs coups de rame rythmés au son du tambour, leurs clameurs sans parler du piano trônant sur l’embarcation des Canottieri Treporti. Il n’y a pas de classement : l’important comme aurait dit le baron de Coubertin, c’est de participer. Ce n’est pas une compétition mais ce n’en n’est pas moins un grand événement sportif et chaque participant ne vise qu’à rejoindre l’arrivée d’une façon ou d’une autre, certains ponctuant mêmes les bravi de la foule massée sur les quais du Cannaregio d’un poirier osé sur leur yolette se terminant parfois par un bain involontaire.

Le record de la quarantième édition avec ses 2 100 embarcations et ses quelques 8 000 participants n’a certes pas été égalé, mais la fête fut au rendez-vous comme chaque année à la plus grande joie des participants et du public et c’est bien là l’essentiel.

Sur les quatre yolettes de quatre rameurs avec barreur armées par le Club Nautique de Nice, les deux premières arrivèrent dans les premiers après un peu plus de 2h30 d’efforts, arborant fièrement le bonnet niçois et la taiole, succès garanti auprès du public qui ne fut pas avare de bravi. Le premier équipage eu même les honneurs de la page 11 du quotidien La Nuova. Les deux autres équipages après quelques avaries ne déméritèrent pas qui arrivèrent un peu moins d’une heure plus tard.

S’arracher aux sirènes de la lagune est une autre épreuve, même si l’on se dit que notre Côte d’Azur est le plus bel endroit au monde. Quitter Venise, c’est comme quitter les bras de sa fiancée … On se dit mi-ravi, mi-attristé que les moments vécus sont tellement exceptionnels qu’on ne doit les vivre qu’une fois. Mais, à peine passé le pont de la Liberté et retrouvé le continent on n’a plus qu’une pensée : c’est quand la prochaine ?

Didier Faÿ

Laisser un commentaire

*